Travailler quelques mois à New York ou à Bora Bora avant d’être diplômé, ça se raconte bien en entretien. Encore faut-il y arriver. Le visa, le statut de stagiaire qui n’existe pas partout, le logement à réserver depuis la France : chaque étape peut faire renoncer. Deux étudiantes parties gâce à ISEFAC racontent comment elles s’y sont prises, l’une chez Atout France à New York, l’autre dans deux resorts Marriott en Polynésie.
Lucille, New York : passer par une structure française
Étudiante en deuxième année de Bachelor Événementiel sur le campus de Paris, Lucille a rejoint le bureau new-yorkais d’Atout France, l’agence de développement touristique de la France, qui compte 29 bureaux dans le monde. Elle y travaille pour le Comité Martiniquais du Tourisme, sur la promotion de la destination auprès du marché américain.
Son quotidien ressemble à celui d’une chargée de projet junior, pas à celui d’une stagiaire qu’on occupe. Elle co-réalise la newsletter mensuelle, rédige les programmes des voyages de presse pour les journalistes envoyés en Martinique, participe à l’organisation des salons professionnels où la destination est représentée, travaille avec des influenceurs, des producteurs et des photographes pour créer du contenu, et gère les budgets et la logistique de ces missions.
Son conseil le plus concret concerne le choix de l’employeur. Elle explique que « le statut de stagiaire n’existe pas forcément dans tous les pays », que beaucoup de structures étrangères ne recrutent donc pas de stagiaires, et que les démarches de visa deviennent vite ingérables. Une entreprise ou un institut français implanté à l’étranger reste souvent ce qui rend l’expérience possible, et c’était le cas d’Atout France.
Retenez la liste : Atout France, les Alliances françaises, les Instituts français, les Chambres de commerce françaises à l’international, les filiales étrangères de groupes français. Une convention de stage tripartite y est un document connu, pas une curiosité administrative à expliquer au service RH.
Pour l’entretien, Lucille a mis en avant l’ensemble de son parcours : projets étudiants, engagements associatifs, voyages. Sa responsable a surtout cherché à vérifier qu’elle tiendrait plusieurs mois loin de chez elle. C’est souvent la vraie question posée en entretien pour un poste à l’international, derrière celle sur les compétences.
Marie, Bora Bora : 16 000 km sans visa
Marie était en première année à l’ISEFAC quand elle est partie trois mois à Bora Bora, en Polynésie française, comme assistante marketing du Groupe Marriott. Elle a travaillé sur deux resorts, The Westin Bora Bora Resort & Spa et The St. Regis Bora Bora Resort.
Détail qui compte pour quiconque hésite : la Polynésie française est une collectivité française. Pas de visa, pas de permis de travail, la même convention de stage qu’à Nantes. La distance est réelle, les formalités non. Pour un premier départ long, c’est le meilleur rapport dépaysement / paperasse qui existe.
Côté missions, Marie a participé aux réunions quotidiennes de l’hôtel, ce qui lui a permis de comprendre l’articulation entre restauration, hébergement et services techniques. Elle a géré les réseaux sociaux des resorts, créé les supports visuels des restaurants et du spa, accueilli les journalistes et les influenceurs internationaux en assurant le tour du resort en anglais, et travaillé sur la refonte de l’identité visuelle du St. Regis. Elle a aussi passé trois jours sur le tournage de l’émission internationale « Hotels By Design », à la logistique terrain et à la coordination, et participé à l’organisation de mariages, dont des cérémonies traditionnelles polynésiennes.
Ce qui l’a marquée, dit-elle, c’est de « voir ses créations utilisées directement dans les espaces du resort » ou publiées en ligne. Un stagiaire qui voit son travail servir arrête de se demander s’il sert à quelque chose.
Ce que les deux parcours ont en commun
Elles n’ont ni le même niveau d’études, ni le même employeur, ni le même continent. Trois choses se retrouvent quand même.
Elles s’y sont prises tôt. Lucille insiste sur l’anticipation et sur le fait de rester ouvert à plusieurs destinations et plusieurs secteurs. Un départ à l’international se prépare six mois avant, pas six semaines.
Elles en ont parlé. Famille, amis, professionnels croisés en événement : Lucille recommande de faire savoir autour de soi qu’on cherche un stage à l’étranger, parce que les contacts émergent de là. Ajoutez les intervenants professionnels qui donnent cours et les anciens installés hors de France, qui répondent presque toujours à un message LinkedIn venant de leur ancienne école.
Elles sont passées par l’école. Lucille conseille explicitement de se rapprocher d’ISEFAC pour être accompagné sur ce type de projet. Chaque campus dispose d’un Career Center, le job dating organisé par l’école est obligatoire, et une plateforme donne accès aux offres des entreprises partenaires.
Le cadre : combien de temps, et quand
Le cursus Bachelor de l’ISEFAC prévoit une dizaine de mois de stage sur trois ans, avec un stage de quatre à six mois de mars à août en troisième année. L’école indique que ces stages de fin d’année peuvent se faire à l’international, notamment pour progresser en langues et en management interculturel.
La durée change tout. Sur trois mois, comme Marie, on comprend une organisation et on produit. Sur six, on porte un dossier de bout en bout. C’est le format qui intéresse un recruteur ensuite.
À noter pour ceux que l’hôtellerie et le tourisme haut de gamme attirent : le parcours Événementiel VIP, Luxe et Tourisme d’Exception fait partie des neuf spécialités de la filière événementielle, accessible dès la première année. C’est par là que passe l’accès aux groupes hôteliers internationaux.
Trois choses à régler avant de dire oui
Le statut. Vérifiez que l’entreprise sait accueillir un stagiaire sous convention française. Posez la question dès le premier échange, pas après l’entretien.
L’argent. La gratification minimale française ne s’applique pas hors de France. Un stage en Europe peut être payé moins qu’à Paris, parfois pas du tout. Erasmus+ finance les stages européens si l’établissement détient la charte : demandez-le à votre campus avant de construire votre budget.
Le logement. Réserver depuis la France sur trois mois coûte cher dans les grandes villes. Arriver une semaine avant le premier jour pour visiter en colocation reste la solution la plus fiable.
Le vrai enseignement
Lucille est partie en deuxième année, Marie en première. Aucune des deux n’a attendu la fin de son cursus pour franchir la frontière. C’est probablement ce qu’il faut retenir de leurs deux parcours.
